Les viticulteurs français semblent avoir trouvé la solution pour sortir de la crise qui frappe leur secteur : frapper, et fort, à la porte de l'état. Ils ont ainsi, hier, dans l'Hérault, incendié des véhicules de gendarmerie et vidé des cuves de vins étrangers chez des négociants de la région. Une manière pour eux de dénoncer le manque de soutien des pouvoirs publics, des négociants et des grandes surfaces dans la crise qu'ils traversent.
Mais de quelle crise parle-t-on ? Elle est avant tout française. Les vins californiens, australiens, italiens, espagnols et même allemands connaissent un franc succès, sur leurs marchés intérieurs mais également à l'exportation. Au plan international, les vins français ne cessent donc de perdre des parts de marché chaque année. Il faut dire qu'en dehors de l'Europe, les consommateurs de vin ne comprennent rien aux indications de marques et de châteaux qui pullulent en France et les labels du type AOC ne leur parlent pas. A l'export, il faut annoncer le cépage.
Les Français sont culturellement de gros consommateurs de vin. Une chance pour les viticulteurs, pour qui un important marché intérieur peut compenser la perte de débouchés à l'export. Seulement depuis plusieurs années, la consommation de vin en France ne cesse de baisser. C'est principalement le nombre de consommateurs réguliers qui a diminué. Les habitudes de consommation du vin ont changé, les jeunes générations privilégiant la dégustation occasionnelle et festive de vins de qualité. Les viticulteurs les plus touchés sont donc les producteurs de vins de pays et de vin de table. Ceux-là même qui manifestaient hier dans l'Herault.
Les ventes baissent, les stocks explosent, les prix de vente s'effondrent... Jusque là rien de nouveau, c'est la loi de l'offre et de la demande. Dans une telle situation de surproduction, le marché devrait se réguler tout seul. Les exploitations les moins rentables devraient péricliter et à terme la production retrouver des niveaux à même de redresser les prix. Mais certains viticulteurs, plutôt que de mettre la clé sous la porte ou de rationaliser leur exploitation, se tournent vers l'Etat pour lui demander de l'aide... et ainsi prolonger leur lente agonie.
L'Etat indemnise donc la destruction d'hectares de vigne pour réduire la production nationale. L'Etat casse sa tirelire et débloque des aides financières pour les viticulteurs endettés, procède à des aménagements fiscaux, ... mais les producteurs ne revoient pas leur modèle économique pour autant.
L'Etat lance des campagnes de promotion du vin français au Royaume Uni, aux Etats Unis et au Canada. Mais les AOC perdurent et l'offre française ne s'est toujours pas adaptée aux besoins de ces consommateurs spécifiques. Un coup d'épée dans l'eau...
L'Etat soigne la filière vinicole avec des pansements alors que l'hémorragie est interne. La réforme doit venir de l'intérieur et doit être entreprise par une union "sacrée" des viticulteurs, soutenu par les pouvoirs publics. Il faut repenser le vin français, mieux satisfaire la demande et ne plus s'arcbouter sur un modèle dépassé qui survit sous perfusion publique. Et l'Etat ne devrait pas oublier non plus qu'une exploitation viticole est une entreprise privée, que les règles de la libre concurrence s'y appliquent et qu'il est dans ce contexte normal qu'il y ait des gagnants et des perdants. Et qu'il est inadmissible de laisser les mauvais perdants commettre de tels actes de vandalisme comme on a pu le voir hier.
Je voudrais apporter un petit commentaire en tant que fils de viticulteur héraultais...
Voilà la situation n'est pas aussi simple que ce que votre description. "Les viticulteurs les plus touchés sont donc les producteurs de vins de pays et de vin de table". Oui c'est vrai car c'est ceux là qui on fait de gros efforts sur leurs exploitations pour améliorer la qualité de leur vin. Le problème c'est que le consommateur de vin n'a pas tenu compte de ces progrès et pour lui, le vin de l'Hérault sera toujours une vulgaire 'bibine'. Car malheureusement la majorité des gens continuent de penser qu'un vin cher est forcément bon et vise versa, mais le problème c’est que le consommateur a jugé avant même de goûter et que pour lui s’il y a marqué un nom prestigieux sur l’étiquette alors il est bon et s’il y marqué ‘Vin du Sud’ c’est dégueulasse. Seulement aujourd'hui le vignoble héraultais s'est métamorphosé et les récompenses ne sont pas là. Bien au contraire le vin se vend moins cher alors qu’il coûte plus cher à produire. Alors oui d'accord certains dérapent mais moi fils de viticulteur je peux les comprendre dans un pays où la vigne et le vin sont bien plus que de vulgaires entreprises privées. Ne l'oublions pas le vin fait partie du patrimoine français. Si les gens connaissent la France le vin y est peu être pour quelque chose…
Rédigé par: damien | 07/03/2006 à 23:40
Je vous répondrai en tant que consommateur occasionnel de vins. Et en tant que tel, je vous assure que l'amélioration de la qualité des vins du Sud Ouest est indéniable et que de plus en plus, les distributeurs et les medias les positionnent comme des vins de très bon rapport qualité prix.
Les prix sont en effet trop bas et cela a un impact négatif sur la perception première du consommateur, d'autant plus avec le mode de consommation actuel axé sur la dégustation. Les problèmes sont donc la surproduction (trop d'exploitations) et l'image (qu'un bon marketing collectif de longue haleine peut sans doute changer). L'Etat peut accompagner ces efforts mais en aucun cas ne peut se substituer à l'initiative privée et aux lois du marché.
Rédigé par: nde | 08/03/2006 à 10:21
Pour vous réconsilier, je vous propose mes services en marketing pour promouvoir ces vins méconnus ou pour améliorer leur image. Bonne idée non -:) ?
Rédigé par: Emilie | 14/03/2006 à 19:22
Ta note m’a interpellée. Tu penses, le vin... Je me suis souvenue également d’un article paru dans les Echos, il y a plusieurs mois de cela, sur la triche des vins étrangers cherchant à réduire la teneur en alcool de leur vin, comme nos viticulteurs – rares cependant – par des années ombreuses cherchent à l’inverse à rajouter du sucre pour augmenter le degré d’alcool.
Je comprends que tu ouvres ce débat mais je ne pense pas qu’exporter du cépage puisse résoudre la crise. Au contraire c’est là attenter à la précellence française dans ce domaine qui seule peut permettre à tout le secteur de ne plus surproduire et vendre sans brader. Mais plutôt que de poster ici un commentaire étouffant, je vais te répondre par blog interposé.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 21/03/2006 à 17:15