Quelle est la proportion d'offres d'emploi sur internet où est plus ou moins précisément indiquée la rémunération du poste à pourvoir ? Je ne m'avancerai pas à donner de pourcentages mais rien ne sert d'entreprendre une étude quantitative en ligne pour savoir que cette proportion est ridiculement faible. Pourtant les sites qui diffusent les offres d'emploi proposent dans leur formulaire de dépôt d'offre un champ "salaire proposé". Or les recruteurs ne le renseignent quasiment jamais. Pourquoi cette réticence à divulguer cette information importante, tout du moins d'un point de vue candidat ? Qu'est ce qui peut bien motiver cette auto censure des DRH quant aux conditions salariales des opportunités qu'ils proposent ? Cette frilosité est-elle spécifiquement française ? Que cela signifie-t-il réellement ?
J'ai esquissé quelques débuts de réponse mais j'aimerais connaître votre avis sur la question car je ne suis pas sur d'en avoir fait complètement le tour.
1ère piste de réponse :
Si l'on considère l'embauche comme un acte d'achats de compétences, le salaire est donc le prix de cette acquisition. Or un prix se négocie. Les recruteurs se ménagent donc une marge de négociation en taisant le salaire proposé. Soit. Pourquoi alors ne pas indiquer une fourchette de salaires ? Une rémunération annuelle variant de plus ou moins 10% voire 20% est une information que le candidat apprécierait d'avoir. Les quelques entreprises qui communiquent le salaire d'un poste le font d'ailleurs le plus souvent sous cette forme. Mais même ainsi, cela reste très marginal. Les recruteurs préfèrent jouer les marchands de tapis...
2ème piste de réponse :
Il existe un cours officieux des compétences et ce cours varie comme peut varier le prix du baril de pétrole. Ces variations sont parfois très importantes. Les jeunes diplômés, sans véritable expérience, ont un cours qui évolue peu. Des grilles salariales leur sont généralement appliquées. En revanche, pour des cadres plus expérimentés, les variations peuvent être énormes.
Plusieurs facteurs peuvent avoir une incidence sur le cours des compétences :
- la fameuse loi de l'offre et de la demande au moment de l'embauche
- le caractère stratégique de l'acquisition des compétences recherchées
- la santé financière de l'entreprise qui recrute, sa notoriété, ...
Ainsi ne communique-t-on pas sur les salaires proposés à l'embauche car plusieurs effets pervers en découleraient automatiquement :
- Communiquer le salaire sur une offre d'emploi accessible par tous, c'est risquer, en interne, d'étaler au grand jour des différences salariales difficilement justifiables auprès des équipes. Ex : un ingénieur embauché il y a deux ans chez X pourrait s'étonner de découvrir que son nouveau collègue vient d'être embauché à un salaire supérieur de 20% au sien, à compétences égales.
- Communiquer le salaire sur une offre d'emploi pour un profil que s'arrache les entreprises, c'est favoriser la surenchère salariale entre recruteurs et ces derniers en seraient les premiers perdants.
- Communiquer sur un faible salaire peut dissuader les candidats d'envoyer leur candidature.
C'est donc le besoin de flexibilité des entreprises qui les incitent à ne pas communiquer le salaire d'un poste. A la recherche de la bonne affaire, elles sont capables de donner le minimum comme d'offrir des ponts d'or. Elles sont résolumment opportuniste sur la question salariale.
3ème piste de réponse :
On entend ici et là qu'en France, il est peu honorable de gagner beaucoup d'argent, que le salaire est tabou. Le mot bourgeois a pris un sens péjoratif, "les nouveaux riches" fleurissent... Il est donc mal vu d'être exigent ou gourmand en entretien d'embauche lorsque l'on aborde le salaire. Ce moment souvent repoussé en fin d'entretien est signe que le salaire n'est finalement qu'accessoire. Une certaine hypocrisie prévaut donc en la matière et celle ci se retrouve dans l'absence de la mention du salaire sur l'offre d'emploi.
Négociation, pragmatisme économique opportuniste et hypocrisie sont quelques éléments de réponse...
Si vous en avez d'autres en tête, n'hésitez pas à m'en faire part.
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